Concepts-clés

Quand on s’adresse à un enfant qui apprend à lire, on se demande et on lui demande à chaque moment de son apprentissage (tout au long de l’année de CP) s’il sait enfin lire. Tandis qu’à un enfant du même âge qui apprend à jouer d’un instrument de musique, on ne demande pas s’il sait enfin jouer de cet instrument, cela n’aurait aucun sens, mais, plus concrètement, quel morceau célèbre ou moins célèbre, il est occupé à travailler et s’il veut bien le jouer pour nous.

Plus tard, quand un professeur dit à un élève qu’il est faible en français, que suppose-t-il que celui-ci puisse (et doive) faire pour s’améliorer ?

Cette remarque et cette question creusent une perspective dans laquelle l’objet d’apprentissage occupe une place centrale. La démarche d’apprentissage que nous préconisons avec les “Moulins à paroles” (M@P), telle qu’elle s’amorce dans l’enfance et telle qu’elle doit se poursuivre tout au long de la vie, se définit par le fait que la double compétence attendue (savoir lire et écrire) ne se détache pas des objets sur laquelle elle porte et qui sont des textes classiques.

Sept concepts forment alors un système. Ils dessinent un paysage nouveau en même temps que très traditionnel, différent de celui défendu par la modernité pédagogique partout dans le monde, qui voudrait que l’élève apprenne à apprendre sans qu’il soit dit ce qu’il aura à apprendre, sans qu’on s’en soucie beaucoup. Ce sont les suivants :

  1. Modularité. L’étude porte sur des objets littéraires clairement identifiés et circonscrits. Pour l’enfant (ou l’adulte) qui est faible en français, il s’avère toujours possible d’apprendre un poème qu’il choisira dans le catalogue des M@P selon son niveau de compétence et selon ses goûts, et de l’apprendre assez bien pour pouvoir le reconstituer de mémoire, à l’oral et à l’écrit, sans erreur.
  2. Pluridisciplinarité. Chacun de ces textes est étudié de différents point de vue, sans que soient séparées l’intelligence (grammaticale), la sensibilité humaine et artistique, et la mémoire. La démarche prend en compte ce qui fait de la langue l’objet d’une science en même temps que celui d’un amour (Jean-Claude Milner). En cela, elle engage la personne, body and soul.
  3. Historicité. Chaque texte étudié se présente comme un vestige et fournit à l’élève un repère historique. Avec ceux qu’il aura appris, il disposera d’une trame sur laquelle d’autres connaissances viendront s’ajouter et s’organiser au fil du temps.
  4. Portabilité. L’élève gardera les textes étudiés en mémoire tout au long de sa vie, ce qui lui permettra de renouer à tout moment, même les plus tardifs, avec celui qu’il était quand il les a découverts. Avec eux, il se remettra dans la peau de l’enfant puis de l’adolescent qu’il était alors, non sans mesurer du même coup la distance qui l’en sépare désormais.
  5. Communication. Qu’il s’agisse de textes classiques signifie, pour l’élève, que beaucoup d’autres que lui les ont appris, les apprennent et les apprendront dans notre pays comme ailleurs dans le monde. La connaissance qu’en ont toutes les personnes célèbres ou anonymes dispersées à la surface de la terre, facilite et approfondit les possibilités de dialogue à l’intérieur du groupe qu’elles constituent, et qui réunit des vivants et des morts. Ce sont des références communes, des exemples à propos desquels il est plus facile de parler, de raisonner, de s’entendre. Ce sont des facteurs de paix.
  6. Emprunt. On ne parle jamais qu’avec les mots des autres. L’enfant qui apprend des poèmes découvre que les auteurs classiques ont composé des textes auxquels il peut prêter sa voix, qu’il a le droit et le pouvoir d’emprunter pour en faire un usage personnel. Car ceux-ci disent certaines choses qu’il n’aurait pas su dire si bien, ou pas su dire du tout, mais qui lui correspondent (qui lui parlent, qu’il rencontre) et que, grâce à eux, il peut faire entendre à d’autres.
  7. Lenteur. Quand ils tournent devant un groupe, les M@P remplissent une fonction primordiale qui conditionne l’apprentissage et qui consiste à rendre la lecture à la fois plus lente et plus active, plus attentive de la part de chacun en même temps que mieux partagée que ne le permet un livre.

 

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