Cixous (Hélène). L’impossible retour

Les deux sœurs, Ève et Éri sont unies, elles se gardent de moi, voilà quelqu’un, sentent-elles, qui pâtit d’un déficit de méfiance, cette fille est une traumatisée par fantasme, elle n’est pas porteuse de scarifications spirituelles, elle peut regarder avec une curiosité de biologiste les pancartes clouées sur la poitrine des édifices fracassés dans les rues de novembre 38 elle prend une loupe pour examiner les prélèvements des écrits hurlants,
elle examine ce qui nous a fait vomir et verser des sueurs
nous n’irons pas
disent-elles, gênées,
certes le délire
a disparu
cependant les édits brûlent encore qui nous ont ordonné de quitter la terre et de camper au bord de l’humanité
les gens sont très gentils, nous sommes très bien reçues

Gare d’Osnabrück à Jérusalem (Galilée, 2016, p. 89)

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Bachelard (Gaston). La flamme d’une chandelle

Il y a une parenté entre la veilleuse qui veille et l’âme qui songe. Pour l’une comme pour l’autre le temps est lent. Dans le songe et la lueur se tient la même patience. Alors le temps s’approfondit ; les images et les souvenirs se rejoignent. Le rêveur de flamme unit ce qu’il voit et ce qu’il a vu. Il connaît la fusion de l’imagination et de la mémoire. Il s’ouvre alors à toutes les aventures de la rêverie ; il accepte l’aide des grands rêveurs, il entre dans le monde des poètes.

La Flamme d’une chandelle [1961], 2e édition, Paris, PUF, 1962, p. 12.

Ségur (Comtesse de). L’enterrement

Quand la procession arriva au petit jardin de Sophie, on posa par terre le brancard avec la boîte qui contenait les restes de la malheureuse poupée. Les enfants se mirent à creuser la fosse ; ils y descendirent la boîte, jetèrent dessus des fleurs et des feuilles, puis la terre qu’ils avaient retirée ; ils ratissèrent promptement tout autour et y plantèrent deux lilas. Pour terminer la fête, ils coururent au bassin du potager et y remplirent leurs petits arrosoirs pour arroser les lilas; ce fut l’occasion de nouveaux jeux et de nouveaux rires, parce qu’on s’arrosait les jambes, qu’on se poursuivait et se sauvait en riant et en criant. On n’avait jamais vu un enterrement plus gai.

Les Malheurs de Sophie (1858)
Chapitre 2. L’enterrement

Kafka (Franz) + E. Lazarus, G. Perec. L’Amérique

lorsque, à seize ans, le jeune Karl Rossman
entra dans le port de New York sur le bateau
déjà plus lent, la statue de la Liberté, qu’il
observait depuis longtemps, lui apparut dans
un sursaut de lumière. On eût dit que le bras
qui brandissait l’épée s’était levé à l’instant
même, et l’air libre soufflait autour de ce
grand corps.

Franz Kafka, L’Amérique (œuvre posthume, première publication 1927)
Traduction d’Alexandre Vialatte

Commentaire

Tennyson (Alfred). Ulysses


Ce poème est cité par le personnage de M dans le SkyFall (2012) de Sam Mendes.
Voir la scène en VO et en français.

Come, my friends,
‘Tis not too late to seek a newer world.
Push off, and sitting well in order smite
The sounding furrows; for my purpose holds
To sail beyond the sunset, and the baths
Of all the western stars, until I die.

It may be that the gulfs will wash us down:
It may be we shall touch the Happy Isles,
And see the great Achilles, whom we knew.

Tho’ much is taken, much abides; and tho’
We are not now that strength which in old days
Moved earth and heaven; that which we are, we are;
One equal temper of heroic hearts,
Made weak by time and fate, but strong in will
To strive, to seek, to find, and not to yield.

→ Le texte complet sur le site de Poetry Foundation